La liberté de la presse n’est pas garantie par la Constitution de l’île de 26 millions d’habitants, où règne une hyperconcentration des médias qui, combinée aux pressions occasionnelles des pouvoirs publics, menace le journalisme d’intérêt public.
Paysage médiatique
Si les radiodiffuseurs publics jouent un rôle important, les médias privés ont une grande audience, et trois organisations dominent la propriété des médias. L'Australian Broadcasting Corporation (ABC) est le plus grand radiodiffuseur public, qui gère des chaînes de télévision, des stations de radio et des publications en ligne. Le principal syndicat des médias du pays représentant les journalistes, l’Alliance des médias (Media, Entertainment and Arts Alliance, MEAA) s’inquiète depuis longtemps de la concentration de la propriété des médias. Une situation qui a été aggravée par les fusions et acquisitions des plus grandes organisations médiatiques. Les rédactions ont souffert ces dernières années des effets négatifs de la transformation numérique, des réductions de coûts et des licenciements.
Contexte politique
Les dirigeants des grandes sociétés de médias entretiennent des liens étroits avec les responsables politiques, ce qui alimente les doutes sur l'indépendance éditoriale de leurs médias. En 2021, une commission sénatoriale a confirmé l'existence d'une culture du secret de plus en plus répandue au sein de l'administration, de pressions informelles pour empêcher des révélations sur certaines affaires, et d'intimidations envers des lanceurs d'alerte, sous prétexte de protéger la sécurité nationale. L'indépendance du radiodiffuseur national ABC est protégée par la loi. Pourtant son manque d'indépendance est souvent pointé et il est considéré comme l'organe de presse le plus contrôlé d'Australie, mais il est également jugé plus digne de confiance que n'importe quel autre organe de presse australien.
Cadre légal
L’Australie a ratifié le Pacte international sur les droits civils et politiques. Si la liberté de la presse n’est pas expressément protégée par la Constitution fédérale, la Haute Cour a reconnu une liberté implicite de communication politique. Certaines législations locales ont explicitement consacré la liberté d’expression. Cependant, les lois fédérales renforçant la sécurité nationale, en particulier celles adoptées après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, ont entravé la liberté de la presse et la libre circulation des informations d’intérêt public. Il s'agit notamment des lois sur l'ingérence étrangère, la divulgation d’informations d’intérêt public par les fonctionnaires, l’incitation à la haine raciale et religieuse et la surveillance des données.
Contexte économique
L'Alliance des médias (MEAA), qui protège la liberté de la presse sur l’île, a observé que les médias régionaux étaient déjà en déclin avant le début de la pandémie de Covid-19, mais que la crise sanitaire avait accéléré les fermetures et les réductions d’effectifs. L’industrie de la presse a été durement touchée par la disparition de plusieurs médias et des vagues de licenciements. Face à cette crise, le gouvernement a réagi en offrant un soutien financier limité aux éditeurs de journaux locaux et régionaux, en promettant de soutenir l'information locale et les emplois du secteur.
Contexte socioculturel
Les cas de censure ouverte sont rarissimes, mais les médias reflètent certains biais, comme la culture du “mateship” – une notion de camaraderie spécifique à la société australienne –, qui tend à marginaliser certains segments de la population, à commencer par les femmes. Les cas de sexisme ou de discriminations de genre sont un problème persistant.
Sécurité
Les journalistes australiens ne subissent ni violence ni détention arbitraire. Leur perception de leur situation sécuritaire n’en est pas moins préoccupante : dans une étude de 2021, ils sont près de 90 % à affirmer craindre “une augmentation des menaces, du harcèlement ou des intimidations”, à commencer par les pressions qui viennent du gouvernement. La double perquisition menée en 2019 par la police fédérale au domicile d’une journaliste politique basée à Canberra et au siège de l'ABC, a suscité une inquiétude générale. Si de telles perquisitions ne se sont pas reproduites, les journalistes se sentent toujours menacés, notamment par les poursuites pour diffamation, les procès pour outrage ou les attaques sur les réseaux sociaux.