Si le cadre légal et réglementaire est favorable à la liberté de la presse, les outils visant à lutter contre les conflits d’intérêts et à protéger la confidentialité des sources sont insuffisants, inadaptés et dépassés. L’absence de financement pérenne après la suppression de la redevance fragilise l’audiovisuel public. En dépit de l’adoption d’un nouveau schéma du maintien de l’ordre, plus respectueux des droits des journalistes lors des manifestations, les reporters continuent de faire l’objet de violences policières en plus des agressions de la part de manifestants.
Paysage médiatique
Le paysage médiatique présente un large éventail de choix dans tous les segments au niveau national et local. En presse écrite, le journal le plus vendu est le quotidien Ouest-France. Les chaînes et stations publiques de France Télévisions et Radio France se disputent le marché audiovisuel avec des concurrents privés (TF1, M6, RTL, BFM TV, etc.). La concentration des groupes de presses privés aux mains de quelques hommes d’affaires devient une préoccupation forte dans le pays. L’expansion du groupe Bolloré (CNews, Paris Match, Europe 1, Le Journal du Dimanche, etc.), qui a absorbé le groupe Lagardère en 2023, inquiète le secteur du fait des méthodes brutales et interventionnistes de l’actionnaire et du défaut de pluralisme interne, faisant craindre le triomphe de l’opinion sur les faits.
Contexte politique
Les médias français sont indépendants du pouvoir politique et peuvent demander aux responsables politiques de rendre des comptes dans l’intérêt général. L’indépendance de l’audiovisuel public est cependant fragilisée par l’absence de financement pérenne après la suppression de la redevance audiovisuelle en 2022 et par les multiples attaques politiques à son égard. Les tentatives de lobbying, tant politique que commercial, auprès des médias sont de plus en plus fréquentes. De plus, les journalistes connaissent parfois des difficultés d’accès aux documents administratifs et il arrive qu’ils soient empêchés par des forces politiques d’accéder à des événements d’intérêt public. Pilotés par un comité indépendant, les États généraux de l’information ont produit, en 2024, des propositions concrètes de soutien au journalisme indépendant, qui doivent encore être mises en œuvre par les autorités.
Cadre légal
Le cadre légal est globalement protecteur de la liberté de la presse et des journalistes, mais des lacunes menacent la protection des sources des journalistes. Ces failles laissent la place à de dangereux contournements du droit de la presse et à l’augmentation de procédures judiciaires contre les journalistes. En outre, si la loi sur les médias en France définit les droits et les devoirs de la presse (honnêteté, indépendance et pluralisme de l’information), elle est inadaptée pour garantir leur respect. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), notamment, agit insuffisamment pour assurer l’application de ces obligations. En réponse au recours de RSF, la décision du Conseil d’État de février 2024 d’annuler le refus de l’Arcom d’agir contre une chaîne de télévision – CNews – constitue un tournant dans la mise en œuvre des principes de pluralisme et d’indépendance de l’information. Cependant, la mise en application concrète de cette décision par l’Arcom se fait toujours attendre.
Contexte économique
La baisse des recettes publicitaires pendant la pandémie de Covid-19 a été en partie compensée par la hausse des abonnements en ligne et par l’aide de l’État. Le cadre légal reste insuffisant pour lutter contre les concentrations verticales des médias dans les mains d’une poignée de propriétaires.
Contexte socioculturel
Le niveau important de défiance envers les journalistes se traduit ces dernières années par des attaques, verbales ou physiques, notamment lors de rassemblements contre la politique du gouvernement dans le domaine sanitaire ou social. Des journalistes ont également été la cible d’attaques physiques et en ligne de la part de mouvances extrémistes. En outre, les journalistes couvrant les sujets environnementaux sont régulièrement intimidés.
Sécurité
En dépit de l’adoption d’un nouveau schéma national du maintien de l’ordre plus respectueux de la liberté de la presse, les reporters ont continué à faire l’objet de violences policières en plus des agressions de la part de manifestants. Plusieurs journalistes bénéficient d’une protection policière en raison de la menace de la part des terroristes islamistes qui ont massacré une partie de la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo en 2015 et ont à nouveau frappé devant ses anciens locaux en 2020.