La polarisation politique se reflète dans les médias, qui brouillent dangereusement la frontière entre l’information et l'opinion. La liberté de la presse est également menacée par une augmentation des procédures-bâillons (SLAPP) et des pressions politiques sur les journalistes. L'engagement du gouvernement à l'égard du règlement européen sur la liberté des médias (EMFA) doit encore se concrétiser.
Paysage médiatique
Sur le plan national, le marché espagnol se caractérise par une grande concentration des médias. Les groupes privés de médias audiovisuels Atresmedia et Mediaset, et le groupe audiovisuel public RTVE monopolisent le marché. Sur le plan régional, le secteur est marqué par la forte présence des médias publics réunis dans la Fédération des organismes ou entités de radio et télévision régionaux (FORTA), ce qui multiplie le risque d'ingérences politiques. La diversité dans le secteur de la presse écrite est plus importante.
Contexte politique
Incitée par la polarisation de la société espagnole, une partie des médias remplace de plus en plus l’information par l’opinion. Le gouvernement de Pedro Sánchez s'est engagé de façon ferme à appliquer le règlement européen sur la liberté des médias (EMFA) et à lutter contre la désinformation, et a proposé un ensemble de mesures relatives à la transparence de la propriété des médias et des recettes publicitaires publiques, au secret professionnel, à l'accès public à l'information et à la réforme de l’autorité nationale de régulation des médias, entre autres. Bon nombre de ces mesures risquent de ne pas voir le jour, car le gouvernement dépend d'alliances parlementaires instables.
Cadre légal
Les tensions politiques se répercutent sur le pouvoir judiciaire : il n’y a pas que des responsables politiques qui poursuivent des journalistes pour divulgation de secrets ou diffamation ; il y a aussi des juges. Ce climat de “guerre juridique” contre la presse confirme l’urgence d’appliquer la directive européenne anti-SLAPP. Par ailleurs, les articles les plus controversés de la “loi bâillon” et les “délits d’opinion” du Code pénal n’ont toujours pas été abrogés ; une promesse que le gouvernement semble définitivement incapable de tenir. Les organes de direction de la radiotélévision publique continuent d’être désignés sans tenir compte de l’indépendance prônée par l’EMFA, ce qui se traduit par une ligne éditoriale de plus en plus biaisée en faveur du gouvernement de la part de RTVE.
Contexte économique
Dangereusement concentrés et affaiblis, les médias ont plongé la profession journalistique espagnole dans une grave précarité désormais chronique. De nombreux professionnels de l'information ont du mal à vivre dignement de leur travail. Parallèlement, ces médias en proie à une grave crise deviennent de plus en plus vulnérables aux pressions politiques et économiques. Dans le cadre de son projet d’application du règlement européen sur la liberté des médias (EMFA), le gouvernement a approuvé un plan de 70 millions d'euros visant à renforcer la numérisation de la presse écrite, qui a reçu le feu vert de la Commission européenne.
Contexte socioculturel
Dans une société espagnole tolérante et ouverte à la diversité, respectueuse des droits des femmes et de la communauté LGTBIQ+, les journalistes subissent rarement des pressions autres que celles venant des autorités. Cependant, la polarisation et la radicalisation croissantes de l’opinion publique se traduisent par un climat d'hostilité à l'égard des journalistes, l'une des professions les moins appréciées par les Espagnols.
Sécurité
L’essor de l'extrême droite et sa visibilité sur les réseaux sociaux ont entraîné une augmentation du cyberharcèlement, et les attaques contre les journalistes sur le terrain sont fréquentes. Le parti d'extrême droite Vox utilise des “pseudo journalistes” pour perturber les conférences de presse au Parlement et harceler les journalistes critiques, y compris dans leur vie privée. Ce harcèlement se fait avec la complicité de politiciens et de médias numériques proches de l'extrême droite, et vise tout particulièrement les femmes journalistes, victimes d’une cyberviolence qui s’étend de plus en plus à l’espace physique.