En Autriche, la liberté de la presse a été fragilisée de manière significative par le changement structurel de la sphère publique, de graves défaillances dans le financement des médias et des tentatives politiques de contrôle et de délégitimation des médias, déjà affaiblis par le manque de personnel. Lors d'événements publics, des violences ont empêché les journalistes de mener leurs reportages librement.
Paysage médiatique
Dominé par une douzaine de grands médias, le marché est réduit et très concentré. Le quotidien le plus ancien, le Wiener Zeitung, a fermé ses portes en 2023 – une disparition qui fragilise sans nul doute un pluralisme déjà restreint. C’est la presse à scandale qui bénéficie du lectorat le plus important et, par conséquent, de la plus grande part de fonds publics. Les médias émergents, en particulier en ligne, ne bénéficient pratiquement d'aucun soutien.
Contexte politique
Certains politiciens sont soupçonnés d’avoir utilisé de l’argent public pour s’acheter une couverture favorable dans des tabloïds, quand d’autres ont tenté d'intervenir en se rendant directement dans les rédactions, comme l'ancien chancelier Sebastian Kurz. Les journalistes sont parfois ciblés par des attaques de la part des partis politiques, en particulier du FPÖ, le puissant parti d’extrême droite qui souhaite reproduire en Autriche le modèle autoritaire de régulation des médias hongrois. La Cour constitutionnelle a fait état de lacunes dans l’indépendance de l’ÖRF, le groupe audiovisuel public, qui n’ont pas encore été corrigées par le législateur.
Cadre légal
Bien que divers projets de loi soient en discussion, l’Autriche est le dernier État membre de l'UE qui ne dispose pas encore d'un texte sur la liberté d'information. De surcroît, la profession est inquiète en raison de la tentative de certains partis politiques de restreindre l’accès à l’information judiciaire. Les journalistes couvrant les manifestations sont parfois arbitrairement sanctionnés, d’autres sont ciblés par des procédures-bâillons.
Contexte économique
Les médias de qualité se trouvent en difficulté financière du fait de la prépondérance des géants du numérique sur le marché. Bien que le financement indépendant de l’audiovisuel public soit garanti par la redevance, des économies importantes ont dû être réalisées en raison de pressions politiques. Ce financement est aujourd'hui radicalement mis en péril par la montée en puissance du FPÖ qui souhaite que l’ÖRF soit financée par le budget fédéral afin de réduire sa taille et de l’influencer politiquement.
Contexte socioculturel
Une partie de la population est de plus en plus sceptique à l'égard des journalistes et des médias, voire les rejette purement et simplement. Cette attitude a été fortement influencée par le FPÖ, parti d'extrême droite, qui tente de délégitimer les journalistes en accusant constamment les médias de “mensonges”. En outre, le parti conservateur ÖVP accuse certains journalistes et médias d'être des activistes politiques.
Sécurité
La couverture des manifestations par les reporters connaît des obstructions importantes en raison d’interventions de la police, qui les menace de poursuites judiciaires ou les harcèlent via des contrôles d’identité répétés. Les femmes journalistes sont régulièrement exposées à des risques psychologiques. Les lettres et messages de menaces envoyés aux rédactions sont également monnaie courante, sans que la police n’intervienne de manière satisfaisante.